Documents sur les Oblats d'ici et d'ailleurs

être religieux, être frère oblat

Antonin Gagnon, omi
Très tôt après la fondation de la Congrégation, Eugène de Mazenod ouvrit la porte toute grande à des hommes désireux de se consacrer à l’apostolat missionnaire sans être prêtre. Le départ fut cependant assez lent. Le Fondateur voulait des hommes apostoliques capables de travailler aux offices ordinairement confiés aux Frères dans les communautés religieuses et à l’instruction des enfants pauvres. Mais, suite aux grands besoins de l’époque, les Frères allèrent plutôt épauler leurs confrères prêtres en pays de mission pour se consacrer ainsi presque exclusivement aux travaux manuels. Plusieurs devinrent constructeurs d’églises, d’hôpitaux, d’écoles, etc. Avant toutes ces activités, la prière et l’oraison occupaient une large place.

Déjà, il y a une cinquantaine d’années, vu le nombre grandissant de Frères, bon nombre d’entre eux furent appelés à travailler comme imprimeurs, mécaniciens, électriciens, tailleurs (au temps des soutanes), fermiers, etc. D’autres se dépensèrent en qualité de réceptionnistes, sacristains, comptables, secrétaires, travail général de bureau ou propagandistes pour la promotion des revues oblates. Quelques uns occupèrent des postes administratifs comme directeur d’imprimerie ou responsable de revue missionnaire, etc. Avec les années, les Frères accédèrent à d’autres fonctions pour le service de la communauté. Certains furent supérieurs, conseillers ou trésorier local. Pendant une vingtaine d’années, quelques Frères se succédèrent au poste d’administrateur dans quelques-unes de nos grandes maisons. Aujourd’hui, certaines fonctions de jadis sont disparues ou occupées par des laïques. Depuis plusieurs décennies, dans l’ex-province Saint-Joseph, l’on veillait à assurer la présence d’un Frère au sein du conseil provincial. En novembre 2001, l’Administration générale lançait une invitation aux Frères eux-mêmes à «?jeter un nouveau regard sur la vocation des Frères?», dans une congrégation cléricale. Le fruit de cette étude fut présenté au chapitre général de 2004, auquel plusieurs Frères participèrent. Toute la Congrégation fut ensuite invitée à réagir sur la question.

Jean-Paul Picard, omi
Je trouve que nos constitutions actuelles sont bien adaptées à notre vocation de Frère que je vois comme un état de vie contemplatif et d’humbles services communautaires. Depuis 46 ans en communauté, je demeure toujours un des plus jeunes?; alors, quoi penser de la vocation du frère chez les Oblats?? Je n’ai pas les dernières statistiques de la Maison générale, mais que ce soit l’Afrique, l’Asie ou l’Europe de l’ouest, les entrées de Frères sont pratiquement inexistantes. Donc, nous sommes devenus une denrée rare et sans trop de valeur aux yeux de nos contemporains. Que puis-je dire de plus?? Seul l’Esprit-Saint pourrait nous surprendre, un de ces bons matins…

Émile Lortie, omi
La signification du travail d’un Frère oblat se trouve dans la gratuité du service, la persévérance au devoir, l’humour dans la vie qui sert à dédramatiser bien des situations. Je suis heureux?: c’est notre manière de vivre qui est témoignage et interpellation. Je suis bien dans ma peau. Je crois en ma vocation de Frère oblat. Je m’appuie sur le rocher qu’est le Christ. Du fond de mon cœur, je reconnais que tout ce que j’ai reçu depuis mon entrée dans la vie religieuse, je l’ai eu gratuitement?; car de moi-même, je n’aurais jamais su si bien choisir.

Jean-Paul Picard, omi
Il y a quand même eu de gros questionnements…
Ma décision d’entrer chez les oblats s’explique par un coup de foudre extraordinaire lors d’une 7e retraite fermée pour les jeunes gens de Ste-Agathe des Monts, en février 1961. Mes projets de vie ont alors été complètement bouleversés… Cette expérience intérieure m’a fait voir, comme à l’avance, ma vie entière. Une vie, un milieu de vie où je pourrais aimer, produire et donner un sens à mon existence. Notre maître des novices, le père Donat Levasseur, nous a redit souvent que notre vie comme Frère oblat n’était pas compliquée Faites tout le mieux possible et vous deviendrez des saints. Cela voulait dire pour moi, vous serez profondément heureux. Vatican II est arrivé dans mes premières années de vie religieuse. C’était au début de la Révolution Tranquille, et un peu plus tard, l’Expo 67, la refonte de nos constitutions en 66, où l’on peut dire en deux mots?: ouverture au monde. Notre mission n’était plus la fuite du monde mais l’envoi au monde. Cette ouverture d’esprit me souriait. L’esprit de Vatican II influençait mon ouverture à l’autre. Ce furent des années débordantes de zèle et d’activité. J’ai suivi des cours du soir pendant une dizaine d’années, fait de l’écoute à Tel-Aide, animé un groupe charismatique pour enfants, participé dans le Cursillo et bien d’autres choses. J’ai lu tous les décrets de Vatican II durant le Concile et ils m’ont sûrement influencé. Un événement majeur qui a influencé ma vocation, c’est une retraite de deux semaines en 1969, où j’avais à prendre la décision d’avancer aux vœux perpétuels. Nous étions au plus fort de la crise des vocations. La moitié de mes amis, religieux et religieuses, avaient quitté la vie religieuse. J’ai eu encore un appel profondément senti du Seigneur pour prendre cette décision d’avancer. Dans ma famille, tout le monde pensait que je sortais prochainement de communauté, sauf moi. Bien que j’aie navigué toutes ces années en eau calme au fond de mon être, il y a quand même eu de gros questionnements. Questionnement face à Dieu?: pourquoi me demandes-tu le célibat consacré, l’obéissance (c’est pire dans le mariage), la pauvreté dans les biens terrestres?? Comme Jacob, j’ai lutté contre Dieu toute la nuit et au matin Dieu m’a cassé la hanche. Voilà pourquoi je suis encore ici?! En y repensant bien, ma vie a été une véritable histoire d’amour?: Dieu est si grand?! Cette quête de bonheur je l’ai poursuivie quotidiennement dans la prière et le travail. Ma vocation de Frère, aujourd’hui, je la vis sereinement et dans une paix relative. C’est pour moi un milieu favorable d’épanouissement. J’apprécie grandement d’être dans un milieu religieux comme Deschâtelets où je puis me donner, produire, donner un sens à ma vie dans ce milieu favorable et aimer s’il me reste du temps?! En repensant à mon premier coup de foudre, je constate que Dieu est toujours fidèle à ce qu’il a promis de bonheur, un jour. Les ans ne font qu’augmenter mon émerveillement pour tant de grâces reçues. En toute confiance je me laisse conduire vers les eaux tranquilles et j’espère le bonheur promis à tout homme de bonne volonté.

Rénald Doyon, omi
J'étais tiraillé par l'appel à la prêtrise…
J'ai vécue comme Frère pendant 15 ans. Cette période fut pour moi riche et remplie d’espérance. J’ai passé cette période en grande partie au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. J’ai travaillé comme sacristain à la Basilique, portier à la résidence des Oblats, et fait le dépouillement du courrier de la Revue, etc. Je dois dire que l’étape de mon cheminement comme Frère demeure une source de référence dans mon ministère come prêtre. J’ai vécu avec le Frère Anselme Lambert pendant 5 ans, à Chibougamau. Je reconnais qu’il fut pour moi un grand soutien et une source d’inspiration dans mon ministère. Je pense que la vie religieuse comme Frère ouvre une porte sur la sensibilité à la souffrance des personnes humaines. Je développe plus facilement une approche évangélique aux misères des autres par les confrères-frères. Ils m’apparaissent plus attentifs et plus sensibles aux personnes malades ou portant une croix plus lourde. Quand j’ai fai les démarches pour demander l’ordination sacerdotale, il était très clair pour moi que je devais renoncer à un travail que j’aimais et qui me faisait vivre spirituellement, moralement et psychologiquement. Il est certain qu’une réponse négative à mon projet par les autorités n’aurait pas changé mon engagement comme Frère. Intérieurement, j’étais tiraillé par l’appel à la prêtrise et la fierté d’accomplir un travail bien vu à la basilique.

Gilles Lemire, omi
La vocation comme frère demeure exigeante…
Lorsque je suis entré chez les Oblats, en 1947, c’était bien spécifié «?en qualité de Frère convers?». À ce moment-là, c’est bien de cette manière que nous étions perçus dans nos maisons. Quelques années après mon noviciat, j’ai entrepris une carrière bien active, comme assistant du directeur des retraites fermées. Là encore, j’ai rencontré des gens ombrageux, mais le directeur du temps m’a appuyé dans certaines de mes initiatives. Puis ce fut la grande expérience comme propagandiste de l’Apostolat. Deux ministères difficiles que les autorités du temps m’ont offerts et que j’ai essayé de bien exécuter. La vocation comme Frère oblat peut paraître simple, mais elle demeure exigeante. D’abord, fidélité à un engagement. Certains ont un travail qui varie?; pour d’autres, c’est le terrible quotidien. Nos nouvelles Constitutions disent explicitement que nous prenons part à la Mission de l’Église, peu importe notre travail, non plus en référence au prêtre.Dans le passé, notre Province a eu la chance d’avoir de très nombreuses vocations de Frères, lesquels ont rendu de grands services. De nos jours, nous subissons le même sort que les autres vocations. Mais je souhaite que, même aujourd'hui, des jeunes gens dans la trentaine puissent avoir un attrait pour la vie religieuse, avec un ministère adapté à leurs capacités, pas nécessairement dans nos maisons. Nos associés ont pris du temps avant de se trouver une identité et une fonction. Nous avons des noyaux intéressants dans les régions. Toutefois, là comme ailleurs, la relève n’est pas facile. Rien ne nous empêche d’inviter des gens à prendre part à ces rencontres, à s’informer des objectifs poursuivis et, dans la suite, à prendre une décision éclairée. C’est aux membres actifs de faire leur propre recrutement.

Émile Lortie, omi
J'aurais souhaité me cacher, car je n'aimais pas être harponné…

Ma famille ayant été en contact avec plusieurs religieux et religieuses de différentes communautés, il y avait là un milieu favorable à l’éclosion des vocations. J’avais 15 ans. Je les trouvais heureux?; il me semblait que tous me tendaient l’hameçon… ce qui me fatiguait… j’aurais souhaité me cacher, car je n’aimais pas être harponné?; mais en même temps, leur interpellation me questionnait… J’ai vécu dans une famille unie où je me sentais bien et heureux. Que de plaisirs vécus ensemble?! J’avais tout, mais il y avait en moi comme une insatisfaction. C’est avant de prendre ma décision que j’ai vécu mes crises intérieures. Je me sentais bien quand j’étais seul, j’avais un besoin de solitude pour réfléchir, pour prier. Aussi, je me retirais à l’écart pour quelques heures. Déjà, sans le savoir, j’avais des aptitudes pour la vie religieuse, de sorte que, pendant ces moments de solitude, je faisais oraison à ma façon, je priais, je réfléchissais à mon avenir. Le moment décisif de ma vocation s’est produit lors d’une retraite d’orientation. En partant, je me suis dit?: «?Je ne reviendrai pas chez nous tant que je n’aurai pas dit oui ou non.?» Les Oblats avaient ma préférence parce qu’ils sont du monde comme nous autres. De plus, mon choix en faveur des Oblats était motivé par le large éventail des travaux possibles pour un frère. J’avais 27 ans quand je suis entré chez les Oblats. Après mon séjour à Rougemont avec le père Charles Sauvé, tout est devenu clair. Ma réponse, c’était oui?! Et aujourd'hui, après 43 ans à Rougemont, je suis maintenant au Sanctuaire. En arrivant ici, on m’a fait confiance tout de suite. De sorte que je suis vraiment heureux dans ma vocation de Frère oblat. Je ne sais pas s’il y aura de la relève, c’est presque impossible à imaginer?; pourtant, tout n’est pas éteint. L’espérance est là. J’ai été à l’aise dans l’élan de fraîcheur et de rajeunissement provoqué par le Concile Vatican II. Ça m’a plu. Je me serais senti à l’étroit dans un carcan. J’aurais été malheureux, influencé par mon esprit de soumission… Le défi que j’ai eu à relever se situe dans mon appréhension devant les responsabilités. À cause de ma timidité, je me sens bien «?en second?». Le prêtre est au front, le Frère est à l’ombre du prêtre, mais pas en esclave?!

Antonin Gagnon, omi
L'orientation future des Frères sera très différente…
Il est certain que la vocation du Frère semble actuellement en déclin, en particulier chez nous au Québec et ailleurs au Canada. Le recrutement est pratiquement nul, les départs et les décès nous ont privés de confrères encore jeunes et en pleine activité. Devons-nous pour ces raisons baisser les bras?? J’ose affirmer que nous devons continuer avec courage à vivre dans la foi et l’espérance pour l’avenir. L’orientation future des Frères sera très différente de ce que nous avons connu dans le passé. Leur formation pourrait être plus élaborée, tant au plan doctrinal que professionnel. Au niveau international, des Frères travaillent comme enseignants, directeurs d’œuvres, diacres, sociologues, médecins, etc., et sont engagés dans l’exercice de professions libérales. C’est leur façon de remplir leur tâche apostolique au service de la mission oblate. De par leur condition, les Frères pourront s’insérer davantage dans les milieux plus difficiles à atteindre pour les prêtres. Sans doute les Frères de l’avenir seront-ils différents de ceux d’aujourd’hui et du passé de par leur formation qui pourrait être plus étendue, et leurs travaux apostoliques renouvelés pour le service de la mission oblate.

Rénald Doyon, omi
Pour mieux cerner les appels des pauvres…
Le travail des Frères est souvent fait dans l’ombre, mais il demeure très efficace pour répondre à la mission des Oblats. Il est difficile de parler de l’expansion de la Congrégation sans faire appel à la vie de nos Frères, en particulier dans le Grand Nord. Je pense qu’il faut continuer de prier et d’interpeller les jeunes adultes sur le sens de cet engagement au cœur de la vie de l’Église. Je suis convaincu que les associés sauront nous aider à découvrir la grandeur de la vie religieuse, spécialement l’engagement comme Frère. Mon espérance, c’est de voir des gens heureux de découvrir le charisme du Fondateur, pour mieux cerner les appels des pauvres au cœur de notre monde. Je crois à la vocation du Frère oblat et je suis convaincu que cet appel est vital pour la Congrégation.

Jean-Marc Gauvreau, omi
Tu fais un choix qui se précise au fil des jours…
Un jour tu quittes un emploi, un travail intéressant pour te joindre à une Congrégation religieuse. Tout ce chambardement dans la vie déstabilise et demande un temps d’adaptation. Pourquoi vivre une telle réorientation?? Sûrement pas parce que ta vie était monotone, ennuyeuse ou carrément dénuée de sens. Le goût de vivre, développé au fil des années passées, t’incite justement à rechercher du plus. Le discernement aidant, tu t’approches alors d’une communauté pour donner à ta vie un sens encore plus profond. Une suite de Jésus s’intensifie et tu fais un choix qui se précise au fil des jours. Tu entres chez les Oblats. La vie religieuse encadre et alimente ce «?Viens, suis-moi?». Deux ministères sont possibles?: prêtre ou Frère. J’ai opté pour la meilleur part et j’ai fait des vœux perpétuels en tant que Frère oblat. Être présent aux autres religieux, offrant un service désintéressé et fidèle. Si je puis me permettre une comparaison, les Frères sont comme le ferment mêlé à la farine (élément essentiel), on ne distingue plus les deux ingrédients mais la levure soulève la pâte. Je crois bien que le rôle du Frère donne toute sa signification par une vie de prière effacée dans une évangélisation indirecte au sein d’une communauté. Savoir que sa vie est un témoignage librement consenti, ressentir l’impact que suscite un tel cheminement, provoquer le questionnement et le mystère auprès des autres membres du peuple de Dieu, en affirmant que le Christ est au centre de sa vie, voilà ce que peut apporter la vie du Frère.