Paroisse Saint-Pierre-Apôtre, Montréal
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Au cours des dernières années, l’occasion nous a été donnée de célébrer l’engagement des Missionnaires Oblats dans nos milieux québécois. Tout d’abord celui du P. Jean-Baptiste Honorat, un des premiers Oblats français venus chez nous en 1841. Celui-ci se rend au Saguenay en 1844, où il va lutter jusqu’en 1849 contre le monopole de la famille Price (cf. Laterrière). Lors de son 125e anniversaire, la ville de Hull a également souligné la contribution du P. Louis Reboul (1871-1877) dans la défense des petites gens pauvres et dans la fondation même de la ville de Hull.
L’ouvrage de Mme Lucia Ferretti, Entre voisins, La société paroissiale en milieu urbain, Saint-Pierre-Apôtre de Montréal(1848-1930) publié par les Éditions du Boréal en 1992 met en lumière l’oeuvre des Oblats à Saint-Pierre-Apôtre. Le texte qui suit s’en inspire largement.
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Lors de l’arrivée des Oblats, à Montréal, en 1848, ce qu’on appelait alors «le faubourg Québec» n’était qu’une excroissance de la ville. Quelques vieilles familles y étaient établies depuis la fin du XVIIIe siècle : des travailleurs irlandais, des villageois et des ruraux canadiens-français arrivés récemment. Pour les gens du monde rural, le quartier était leur porte d’entrée dans le monde industriel.
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De la fondation aux années 1870
Vouloir faire partie de la ville L’arrivée des Oblats et celle des nouveaux prolétaires vont modifier en profondeur la vie sociale du quartier. Leur arrivée est perçue comme une promesse d’intégration à la ville. Les «Bourragans» - nom donné aux gens du quartier - trouvent dans l’identité de groupe très fortement marquée par l’appartenance à l’église oblate et à ses associations le moyen de s’affirmer comme citadins et de répliquer à la mésestime, voire au mépris qu’ils essuient dans la ville. Par ailleurs, l’arrivée des Oblats et la création de plusieurs organismes va contribuer à un surcroît de différenciation entre les nantis et la masse dévote. Les commerçants et les artisans vont apporter leur collaboration aux Oblats pour faire de Saint-Pierre un milieu urbain, moderne, qui s’affirme de plus en plus. Les pasteurs de Saint-Pierre vont fournir le substrat des formes de vie sociale à la base de la culture du temps : l’institutionnalisation des relations sociales locales. Ils vont mettre sur pied plusieurs organismes pour répondre aux besoins du milieu.
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La Saint-Vincent de Paul (1850)
Dès leur arrivée dans le quartier, les Oblats mettent sur pied cet organisme pour venir en aide aux familles pauvres. L’ancienne chapelle provisoire sert de local, de «bureau des pauvres» et d’entrepôt des denrées. Les Soeurs de la Providence s’y révèlent de précieuses auxiliaires.
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La « maîtrise » : une école privée pour les garçons (1859)
Pour assurer une meilleure éducation que les quelques écoles laïques financées par Saint-Sulpice, une école privée est créée. On y fonde un cercle littéraire et un chxur de chant. L’expansion de l’école se fait surtout à partir de 1880. Elle perd alors son caractère élitiste.
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La congrégation des hommes du Saint Coeur de Marie (1862)
Les hommes de Saint-Pierre sont invités à joindre la congrégation, ce qui se révèle pour eux une manière de se distinguer.
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Le Cercle Saint-Pierre (1869)
Enfin, les Oblats mettent sur pied une salle de loisirs, sans alcool. Le paiement d’une cotisation a eu pour effet de regrouper surtout des aspirants-notables. En 1870, Saint-Pierre, qui ne deviendra paroisse qu’en 1900, se révèle un centre d’une vie sociale de type réellement paroissial. On y trouve des engagements sociaux requis dans un milieu en pleine croissance démographique et en voie de prolétarisation. L’assistance aux pauvres y est effectuée selon une gestion moderne et typiquement urbaine. Entre 1850 et 1870, être en ville, c’est être de Saint-Pierre. Progressivement les frontières mentales de la ville se déplacent pour englober le faubourg.
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Des années 1870 à la fin du siècle
La paroisse devient urbaine Durant cette période, de nouveaux quartiers surgissent au Nord et à l’Est. Saint-Pierre se retrouve au cxur de la partie canadienne-française de Montréal. Les transports urbains s’améliorent. Les tramways circulent à partir de 1892. La paroisse demeure le lieu des relations sociales.
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Paroisse ouvrière
La paroisse Saint-Pierre Apôtre demeure une paroisse ouvrière. Les pasteurs se montrent favorables aux syndicats locaux; mais sont plus réticents face aux syndicats internationaux. Ils ne condamnent jamais les grèves, ni les grévistes, ni les chefs ouvriers des unions nationales. Par ailleurs, le regroupement des ouvriers va se faire sous de nouvelles bases : des associations de secours mutuel, des sections syndicales, des clubs ouvriers politiques qui dépassent le cadre paroissial.
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Paroisse pauvre
Durant cette période, les paroissiens de Saint-Pierre font face aux problèmes du chômage prolongé et des salaires insuffisants. La paroisse doit lutter contre la pauvreté, la maladie et le manque d’instruction. À cette époque, l’assistance sociale, la santé et l’éducation sont des chasses-gardées de l’Église. De plus, la Caisse populaire et la Société Saint-Jean-Baptiste luttent contre l’infériorité politique et économique des Canadiens-français. Les associations paroissiales et le centre de loisirs sont les rares outils collectifs qui peuvent agir sur le destin de chacun et qui jouent un certain rôle dans l’organisation de la société du temps.
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Paroisse du centre-ville
Durant cette période, la pression démographique est accrue et on assiste à la prolétarisation galopante du faubourg. On note que les hommes sont retenus au loin par leur travail, que les mères de famille sont surchargées et que les jeunes s’émancipent rapidement. Les anciennes sociétés de métiers sont disparues. Les congrégations laïques se révèlent un nouveau créneau de solidarité et un instrument de distinction. La paroisse poursuit son service au niveau des loisirs et également de la promotion de la tempérance. Elle accueille les migrants ruraux, favorise leur adaptation à la ville et consolide l’attachement des plus anciens. La Saint-Vincent de Paul à vocation caritative et la Saint-Jean-Baptiste à vocation nationaliste poursuivent leur action. Les associations volontaires deviennent des mouvements de masse.
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Après 1918 : un milieu en désagrégation - érosion de la médiation paroissiale entre ville et citadins
Après la première guerre mondiale, on assiste à un déclin démographique et à un appauvrissement de la population. Les plus nantis quittent le quartier. Même alors, la paroisse poursuit la lutte active pour l’éducation, les soins de santé et l’assistance. En contribuant à l’organisation de la société moderne, les paroissiens s’intègrent à la ville et agissent sur leur propre destin. Le travail des femmes hors du foyer s’accentue. Les Oblats favorisent la formation générale des jeunes filles tendant à les rendre aptes à la vie de famille mais également à l’exercice d’une carrière proprement dite. On remarque que les Oblats de Saint-Pierre manifestent plus d’ouverture aux réalités sociales que la hiérarchie ecclésiastique de leur temps. Très près de la vie des laïques, ils vont favoriser en réservant un local dans les bâtiments paroissiaux l’ouverture d’une clinique de soins pour les maladies dites vénériennes (1932). On assiste alors à une réorganisation en profondeur de l’éducation, de l’assistance, de l’action nationale et de l’adaptation à la ville, ainsi qu’à une réorganisation sur une base supra-paroissiale des fonctions sociales.. Les Oblats partagent les idées plus ouvertes nées au sein de l’Église montréalaise, comme la création du syndicat catholique des commis-marchands chez Dupuis Frères, création attribuée à un paroissien de Saint-Pierre. Durant les retraites de la Villa Saint-Martin, les paroissiens sont invités à réfléchir à une perspective neuve aux rapports de l’Église avec les ouvriers. Notons enfin la création du premier cercle montréalais de la JOC par le Père Henri Roy (1932). Saint-Pierre offrira une médiation nouvelle entre l’Église et les fidèles-citadins. L’action des Oblats depuis un siècle et demi dans le Centre-Sud est partie intégrante de la lutte contre les maux de la misère et de l’aventure de rassemblement, d’humanisation, d’émancipation et de libération de tout un peuple. Ce travail se poursuit encore aujourd’hui à la paroisse voisine et au Centre Saint-Pierre depuis 1974.
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