Petite histoire oblate

Sri Lanka: un aveugle guéri deux fois par Marie

Les Oblats de Marie Immaculée desservent le sanctuaire national de Notre-Dame-du-Cap, depuis 1902. Je ne vous apprends rien en rappelant ce détail historique. Ce que vous ne savez peut-être pas cependant, c'est le nombre impressionnant de sanctuaires marials dont les Oblats sont chargés dans l'univers. On ne compte pas moins d'une cinquantaine d'endroits, situés dans les cinq continents, où ils font connaître et aimer la Vierge Marie. Mentionnons-en quelques-uns:

En FRANCE: N.D. de Bon Secours, N.D. de Lumières, N.D. de l'Osier, N.D. de Sion, N.D. de Pontmain.

Ailleurs: N.D. de Lourdes, à Dublin, Irlande; N.D. de la Mer, à la Panne, Belgique; Maria Engelport, Allemagne; N.D. de Koden, Pologne; Sancta Maria a Vico, Italie; N.D. de Fatima, à Madrid, Espagne; N.D. de Grâce, à Colebrook, E.U.; N.D. de Lourdes, à San Antonio, Texas, E.U.; N.D. des Neiges, à S. Henri de Belleville, E.U.; N.D. de Lourdes, à Punta Cavancha, Chili; N.D. de Fatima, à Ramabanta, Lesotho.

Un des plus célèbres de ces sanctuaires marials confiés aux Oblats est, à n'en pas douter, celui de N.D. de Madhu,. Sri-Lanka (Ceyian). Ils sont installés, depuis 1851, dans cet antique pèlerinage qui attire chaque année des milliers de pèlerins, aux principales fêtes de la Sainte-Vierge. On y invoque N.D. du Très Saint-Rosaire. En 1933, le pape Pie XI faisait don à ce sanctuaire d'un énorme Rosaire, magnifique œuvre d'art. La «Marche triomphale» de Notre-Dame est une procession qui soulève un enthousiasme indescriptible. La terre de Madhu est reconnue pour guérir contre la morsure des serpents venimeux, comme le cobra. Il s'y fait aussi de nombreuses conversions de païens.

Voici comment la Vierge de Madhu a rendu la vue à un aveugle et l'a converti à la foi catholique. C'est le père Jules Collin, omi, qui fut témoin du miracle, en 1891. Le père Pierre Duchaussois, omi, nous rappelle ce double prodige, dans une page palpitante d'intérêt, que je tire de son excellent livre «Sous les feux de Ceylan».

«Un jour, un grand jeune homme, adepte du dieu Siva, vient demander au missionnaire oblat de l'admettre dans la religion catholique. Il s'explique de la sorte : J'étais aide-maçon. Un éclaboussement de chaux me brûla les yeux. Désolé de me trouver aveugle, je me recommandai à tous nos dieux hindous, mais sans résultat. Une dame, très belle, se montra alors aux yeux de mon âme, et me dit: «Va à Madhu, et fais-toi chrétien.» Je ne savais pas ce que c'était Madhu, ni d'être chrétien, et je ne me souciais pas de l'apprendre. La dame revint et me répéta: «Va à Madhu, et fais-toi chrétien.» Je restai encore inactif. Mais une troisième fois la dame reparut et me dit avec force: «Va à Madhu, et fais-toi chrétien. Sinon, tu es perdu pour toujours dans ce monde et dans l'autre.» Alors j'eus peur. Je m'informai et je me fis conduire à Madhu. Je mis de la terre sur mes yeux, et la vue me revint complètement. Maintenant, Père, instruis-moi et baptise-moi.»

À quelque temps de là, le père Collin apprit que son jeune homme se conduisait mal et le fit venir: «Comment! Tu offenses si gravement le bon Dieu après tant de promesses? — Mais, je n'ai rien à me reprocher. Père. Le jeune Swami qui t'a remplacé un moment m'a dit que je pouvais agir de cette façon. La fille, qui était ma fiancée, refusait de renoncer au sivaisme pour devenir ma femme. Car j'y avais mis ma condition. Alors j'ai demandé au jeune Swami si elle pouvait «cuire mon riz» quand même. Il m'a répondu: Oui, elle peut cuire ton riz. De quoi me blâmes-tu donc?» — Malheureux! C'est que ce jeune Swami n'était pas encore au courant des tours de votre langage. Il croyait qu'il ne s'agissait que de préparer ton repas. S'il avait su que «cuire le riz» de quelqu'un voulait dire «vivre avec lui comme si on était mariés, il ne t'aurait jamais approuvé. Quitte au plus tôt cette créature et remets-toi à ton devoir. Sans quoi, la Sainte-Vierge pourrait bien regretter de t'avoir guéri et te le faire savoir.»

Santiago — c'était le nom qu'il avait choisi au baptême — promit et ne tint pas. Aussi la menace du prêtre se réalisa-t-elle: il redevint aveugle. Mais il retourna à Madhu, se confessa, reprit sincèrement ses résolutions, remit sur ses yeux la terre miraculeuse et la vue lui fut à nouveau rendue. Vingt ans après, le père Collin rencontra Santiago. Il ne s'était pas marié, parce que la jeune hindoue, la seule qu'il aimait, s'était obstinée dans son paganisme; mais il vivait, en effet, en bon chrétien.»