Petite histoire oblate
Marseille: bénédiction de locomotives |
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En tant qu'évêque, le bienheureux Eugène de Mazenod trouva à Marseille un milieu tout à fait approprié à l'exercice de son zèle apostolique. Cette ville, importante par sa situation géographique et son port de mer achalandé, était devenue la seconde ville de France, avec une population de 260 000 habitants, au recensement de 1861. L'accroissement de l'immigration surtout causait de nombreux problèmes d'ordre religieux et social: recrutement du clergé, éducation de la foi, travail, logement, pauvreté, etc. Dans une semblable situation, l'évêquc de ce grand diocèse montra un intérêt constant au développement général de la ville. Sans agir directement dans les domaines d'ordre économique, industriel, agricole et financier, il s'efforçait d'encourager les diverses entreprises de ses diocésains. Tout devenait pour lui occasion d'éclairer les esprits et d'orienter les cœurs vers les «réalités d'en-haut»: lettres pastorales, bénédictions d'églises, d'hôpitaux, de navires, de monuments, de banques, etc. Monseigneur, veuillez bénir
Dilemme embarrassantCette cérémonie donna lieu cependant à un incident particulièrement épineux qui aurait pu mettre le malheureux évêque de Marseille dans une situation fort embarrassante. En effet, parmi les dix locomotives flambant neuves, répondant à des noms poétiques comme «Mistral» ou «Trombe», l'une d'entre elles portait le nom de «Lucifer», le nom même du diable! Allez donc bénir un engin affublé d'un nom pareil! On trouva heureusement une solution : peu avant le défilé, on prit soin d'envoyer l'arrogante locomotive manoeuvrer au bout de la gare sur une voie d'évitement. C'est ainsi que Lucifer n'eut pas à subir les retombées d'eau bénite dont le prélat aspergea abondamment les neuf autres, au fur et à mesure qu'elles s'arrêtaient devant l'autel. La cérémonie terminée, comme le rapporte un historien de l'époque, dans un style ampoulé, «les dix machines animées prirent ensemble leur course et disparurent bientôt dans le lointain, laissant derrière elles un long panache de fumée.» |