Petite histoire oblate

Angleterre: Daly, prêtre d'urgence

Vous connaissez peut-être la rencontre historique de Mgr Ignace Bourget avec Mgr Eugène de Mazenod, à Marseille, le 20 juin 1841, la rencontre qui, au mois de décembre suivant, devait amener à Montréal les six premiers Oblats de Marie-Immaculée. Il est une autre page de leur histoire non moins intéressante que nous voudrions vous faire connaître: c'est leur implantation en Angleterre. Le Fondateur des Oblats, pour son compte, qualifia de providentielles les conditions dans lesquelles il fut amené à ouvrir en Grande-Bretagne un nouveau champ d'action au zèle de ses fils.

Deux rencontres, en effet, aussi fortuites que celle de Mgr Bourget, parurent à l'évêque de Marseille le signe annonciateur d'une expérience apostolique à tenter. La première, en février 1837, fut celle d'un jeune Irlandais de 22 ans, Guillaume Daly, «arrivé à nous comme tombant du ciel», déclare le Fondateur. Se rendant à Rome pour ses études ecclésiastiques, ce voyageur s'arrête à Marseille un dimanche: « il apprend qu'un prêtre au Calvaire peut entendre sa confession en anglais; il s'y rend et s'adresse au Père Casimir Aubert» qui l'invite « à passer la journée dans notre maison. Dieu disposa si bien les choses» que notre visiteur, doué «d'une imagination qui colorait et embellissait tout fut conquis et résolut sur-le-champ de se joindre à notre Société». Il commença aussitôt son noviciat. Admis à la profession solennelle le 17 février 1838, le nouvel Oblat poursuivit avec succès ses études philosophiques et théologiques au grand séminaire de Marseille, nourrissant «dans son âme le feu de la plus ardente charité et un zèle à toute épreuve pour la conversion de ses compatriotes, les Anglais hérétiques répandus en Angleterre et partout ailleurs. A peine devenu diacre, il s'occupa, écrit Mgr de Mazenod, de préparer les voies à quelque établissement qui pût fournir à la Congrégation le moyen de concourir à sa grande œuvre. Il me proposa de lui permettre d'écrire en Irlande pour en appeler les sujets propres à notre ministère. Il reçut des réponses qui entretinrent son espoir de réussir dans cette entreprise. » (Letton,III, p. 742)

L'autre rencontre ne fut pas moins inattendue, car «sur ces entrefaites, un jeune homme, portant sur sa figure la candeur de son âme, se présente au Calvaire, je ne sais pour quoi y faire, note dans son Journal l'évêque de Marseille. Sa place était arrêtée pour partir le lendemain pour Rome. Le P. C. Aubert entre par hasard dans la sacristie, au moment où il demandait en latin ce qu'il cherchait. Le P. Aubert comprend à son accent qu'il est anglais, il lui adresse la parole en cette langue. Le jeune inconnu, ravi de trouver quelqu'un qui le comprenne, s'explique avec le Père: de propos en propos, il lui découvre qu'il est parti d'Irlande pour se faire missionnaire. L'occasion était belle pour accomplir son vœu, puisqu'il était dans une maison de missionnaires et qu'il venait, sans s'en douter, de s'adresser au supérieur. Il n'en fallut pas davantage pour fixer son choix; il demande à être admis. On décommande sa place; il entre dans la communauté, et le Frère Daly qu'on mande pour s'expliquer mieux avec lui, voit en ceci un nouveau trait de la volonté de Dieu pour poursuivre son œuvre. Ce n'est pas tout, continue Mgr de Mazenod. Voilà que par la plus singulière rencontre, le Frère Daly, qui n'a ordinairement de rapports avec personne, fait la connaissance d'un Anglais protestant, qui est sur le point de faire un voyage en Angleterre avec sa famille. En peu de jours cet Anglais se décide à prendre le Frère Daly dans sa voiture et à lui payer le voyage jusqu'à Liverpool. Je suis encore étourdi de ce coup de la Providence. Je n'y voulais pas croire, et je n'y ai cru vraiment tout à fait que le jour du départ. Cependant, me laissant conduire par ta confiance de ce cher Daly qui avait conclu cette affaire dans une seule conversation, je me hâtai de l'ordonner prêtre. Il partit le lendemain, à la garde de Dieu, qui avait manifesté sa puissance et sa bonté d'une manière si éclatante en faveur du simple abandon et de la confiance de son jeune et bon serviteur.» Le frère Daly fut donc ordonné prêtre d'urgence, le 2 mai 1841, et quittait Marseille le lendemain pour gagner l'Angleterre. Une fois de plus, pour lancer de nouvelles missions, Mgr de Mazenod avait saisi une occasion inattendue qui lui paraissait une indication de la Providence. (Letton, lII. p. 742-743)