Petite histoire oblate

la méprise du père Giroux

Le père Constant Alarie Giroux fut un de nos grands missionnaires Oblats qui ont fait connaître le nom de Jésus-Christ aux peuplades indiennes du Canada. Dans la galerie de ces apôtres, nés au Québec, il tient une place de choix avec les Taché, les Charlebois, les Guinard et les Fafard. Né en 1862, à St-Valentin d'Iberville, il mourra au Cap-de-la-Madeleine, à l'âge de 78 ans, après avoir passé 33 années dans les missions les plus difficiles où le froid, l'isolement, la pauvreté et la faim étaient, à cette époque du moins, le partage habituel des missionnaires. La maladie et les infirmités l'obligèrent à rechercher un climat plus favorable à la fin de sa vie. Sous le regard de N.D.-du Cap il prodigua, durant vingt ans, à des milliers de pèlerins et de correspondants conseils et consolations. Le père Athanase Francœur a résumé la vie de cet apôtre par ces mots: «II a toujours gardé un cœur de feu pour Dieu, un cœur de chair pour le prochain et un cœur de bronze pour lui-même.»

Secours de la Providence

Le père Giroux a fait ses premières expériences parmi les Loucheux de Good Hope, terre d'héroïsme située près du Cercle polaire. En 1906, il descendit chez les Esclaves du Fort Providence qu'il desservira jusqu'en 1920. Durant toute sa vie de missionnaire il eut à combattre deux grands fléaux: la famine et la vermine. Il lui arriva plus d'une fois de se coucher le ventre creux car la nourriture faisait totalement défaut. Il faillit même mourir de faim durant un séjour à Mac’Pherson. Lui et ses deux chiens jeûnaient depuis six jours et six nuits. L'un des coursiers mourut, ne laissant aux deux survivants que sa peau. Le père Giroux était devenu tellement faible qu'il ne pouvait plus célébrer. Prévoyant que sa dernière heure approchait, il entrebâilla la porte de sa cabane pour qu'au moins quelqu'un vint recueillir ses restes, advenant sa mort. Un lièvre se précipita dans l'embrasure. Quand l'animal voulut sortir, il trouva la porte fermée et resta aux mains de l'Oblat qui put survivre grâce à cette «bouchée providentielle».

«Il me mord, je le mords»

Au début de notre siècle les Indiens étaient encore de mœurs rudes et parfois barbares. La femme était durement traitée par l'homme dans ces régions du Nord; mais elle aussi pouvait se montrer dure pour ses enfants. «Un jour, raconte le père Giroux, je fus saisi d'horreur. En voyageant, je crus voir, dans le bas d'une colline, une femme retirée à l'écart. La malheureuse, que faisait-elle? C'était à ne pas s'y tromper. L'infortunée avait pendu son enfant à un arbre. Je voyais les gestes désespérés des petits bras mais je n'entendais aucun cri. Sans doute, il agonisait. Et la malheureuse, pour hâter son forfait, avait un bâton et frappait comme une désespérée sur l'enfant. Sans perdre un instant, je m'élançai au secours de l'innocente victime. Puissé-je ne pas arriver trop tard!

«Malheureuse! lui criai-je, dès que je crus l'apercevoir à travers les branches, que fais-tu là?» - «II me mord, je le mords», fut sa réponse. J'en avais assez... je ralentis le pas et, confus, demeurai à distance. Quelle méprise je venais de faire? Cette pauvre femme faisait son ménage: elle avait pendu sa chemise toute raide à un arbre et elle en faisait tomber les poux avec un bâton. Lorsque j'arrivai, elle était à les manger. Elle ne m'a pas invité au festin... Pour être franc, je ne l'aurais pas accepté, pouvant m'en payer le luxe à mes propres dépens...