Petite histoire oblate

Angleterre: conversion d'un méthodiste

Nous avons relaté, dans deux autres articles, l'arrivée des Oblats dans les Îles Britanniques (1842) et leur installation dans le sud de l'Angleterre, à Penzance (1843). Dans les deux cas la Providence avait joué un grand rôle. En moins de vingt ans, grâce à Dieu et avec l'aide de hautes personnalités catholiques, ils s'établirent dans une douzaine d'endroits, dont deux en Ecosse et deux en Irlande. De nombreux candidats à la vie religieuse sont venus grossir le petit groupe du début. Parmi ceux-là on retrouve d'anciens protestants convertis au catholicisme, tels le père George Crawley, ministre anglican, et le frère John Atkinson, ancien sacristain de l'église Saint-Sauveur, à Leeds.

A quel ministère s'adonnèrent-ils d'abord? Ce fut avant tout à la prédication de missions auprès des Irlandais catholiques, émigrés en Angleterre. Aux missions vinrent ensuite s'ajouter le ministère et l'enseignement auprès des protestants de toutes croyances: anglicans, méthodistes, presbytériens etc. C'est par des conférences publiques, des discours en plein air, des discussions ouvertes avec les ministres de l'endroit que certains Oblats, comme les pères J. Noble et R. Cooke, réussirent à ramener à la vraie foi bon nombre de frères séparés. Les conversions se multiplièrent à mesure que la religion catholique était mieux comprise. En ce milieu du 19e siècle, à une époque où le Mouvement d'Oxford était en plein essor, on comprend quel attrait et quelle influence ces joutes oratoires pouvaient exercer sur ces populations avides de vérité.

Le père Robert Cooke s'illustra plus d'une fois dans ce genre de controverse. Il possédait une personnalité remarquable. «Né en Irlande, il appartenait à une famille distinguée, mais que la persécution priva d'une partie de ses biens. Néanmoins, son éducation fut soignée. Il étudia même la médecine et le droit. Fin littérateur, il publia des articles remarqués dans les journaux de Dublin avant de se diriger chez les Oblats, en 1844.» (Ortolan, l, p. 535)

Un jour, après un sermon prononcé dans la chapelle de Howden, petite ville de cinq mille habitants, non loin de Everingham, il annonça, pour le dimanche suivant, une instruction sur la Présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie. Le chef des méthodistes de l'endroit eut vent de la chose. Malgré ses réticences et son incrédulité dans ce mystère, il décida d'aller entendre le missionnaire, par curiosité... ! car il ne parvenait pas à comprendre comment le corps du Christ pouvait se retrouver simultanément dans des milliers d'endroits. Ça lui semblait contraire au simple bon sens! Toute la semaine le prédicant rumina les objections qu'on lui avait apprises dans ses cours de théologie.

« Le dimanche suivant, il fut un des premiers à la chapelle catholique. On te trouva à genoux, priant Dieu de l'éclairer. Il écouta le sermon avec une profonde attention, notant soigneusement les passages de l'Écriture sainte que le Père alléguait, à l'appui de son enseignement. L'office terminé, il se retira tout ému. Il rentra chez lui, prit sa Bible et appela sa femme. Ensemble ils employèrent le reste du jour à examiner les textes cités.

Leurs âmes avaient trop de droiture pour que la céleste lumière leur fût refusée. Peu à peu, les ténèbres de l'erreur se dissipèrent et la vérité se révéla dans une radieuse clarté. Le mari, se tournant alors vers sa femme, lui dit: « Ma pauvre amie, n'avons-nous pas été, jusqu'à cette heure, pires que les Juifs? ... du moins nous ne valons pas mieux! Comme eux, nous n'avons pas voulu croire aux paroles du Fils de Dieu, déclarant avec tant de netteté qu'il donnerait sa chair en nourriture et son sang en breuvage»!

Tombant à genoux, l'un et l'autre, ils demandèrent pardon à Dieu de leur incrédulité. Dès le lendemain matin, le ministre méthodiste courut chez le missionnaire Oblat lui manifester sa ferme intention de devenir catholique. Il se convertit, en effet, lui, sa femme et ses enfants* (Ort. p. 552).

Ainsi, dans leur province naissante d'Angleterre, les Oblats se livraient avec fruit au ministère de la prédication sous des formes variées. Cette annonce de la Parole de Dieu, outre le bien qui en résultait pour les âmes, contribuait à faire avantageusement connaître la Congrégation. Les prêtres l'appréciaient de plus en plus, et les évêques lui prodiguaient les marques d'une croissante sympathie.