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Un des trois premiers missionnaires oblats venus au Lesotho en 1862 est le père Joseph Gérard, ci-contre, que le pape Jean-Paul II a élevé au titre de Bienheureux, en 1988. Pour répandre la Bonne Nouvelle, il eut recours à la prière, le jeûne, le bon exemple et le concours des communautés de religieuses. Après la mort du grand chef Moshesh, en 1870, l'apostasie d’Helena, sa nièce, devenue reine dans un village, exerça une influence néfaste sur son entourage et menaçait dangereusement la petite bergerie du père Gérard. La Providence, heureusement, veillait. Elle dirigea vers la mission du serviteur de Dieu une communauté de religieuses françaises, les Soeurs de la Sainte-Famille, établies à Bordeaux depuis 1820 par Pierre Bienvenu Noailles.
Le premier projet des soeurs de la Sainte-Famille fut l'établissement d'une école catholique pour les jeunes filles. Malgré certaines réticences, elles réussirent à gagner plusieurs d'entre elles à la vraie foi et même à inculquer chez quelques unes le désir de devenir religieuses. Cela supposait évidemment l'établissement d'un noviciat. Saint-Michel était l'endroit idéal, non seulement à cause du nombre important des catholiques à cet endroit, mais surtout en raison de la présence du père Gérard qui les appuyait ouvertement. Plusieurs élèves affichèrent publiquement leur mépris du vrai Dieu en rejetant croix, chapelets, et médailles. Même des parents se montrèrent hostiles à ce noviciat qui éventuellement attirerait dans ses murs l'une ou l'autre de leurs filles. Ce serait pour certaines familles une perte financière en raison de la coutume en vigueur chez les Basotho. En effet, un prétendant qui voulait épouser une fille devait donner à son futur beau-père un certain nombre de boeufs, selon le rang social de cette famille dans la société. Un noviciat pour des filles, dans ces conditions, produirait une perte de revenus pour leur famille.
On rapporte quelques exemples de cette opposition. Une vieille grand-mère, apprenant l'entrée au couvent de sa petite-fille, se rendit jusqu'à la mission. Là, derrière les murs de l'édifice où était recluse Julia, elle se mit à crier : «Jana! Jana! ma petite fille veut se faire «soeur». Pour moi, les boeufs sont perdus... les boeufs de son mariage! Ah! Jana, tu nous ruines». Le lendemain, l'oncle d'une autre fille, farouche et le regard en feu, vient rencontrer la mère supérieure: «Rends-moi ma nièce», hurle-t-il. «Mon frère est pauvre, insiste cet oncle, il a besoin des boeufs que lui procurerait le mariage de sa fille.» Sans perdre de temps, il retire sa nièce Antonia de l'école. Il fallait un cran peu ordinaire à la mère supérieure pour tenir tête à de telles personnes. Grâce à l'appui du père Gérard, tout finit par entrer dans l'ordre. Aujourd'hui, pas moins de huit communautés différentes de religieuses continuent de recruter de nombreux sujets parmi les jeunes filles de cette fervente chrétienté.
On verra aussi, avec le concours du père Odilon Chevrier, à partir de 1931, de jeunes Basotho parvenir au sacerdoce. Les Oblats à eux seuls, comptent aujourd'hui quatre-vingt-un prêtres indigènes et vingt-et-un frères en formation. Les prêtres diocésains, au nombre de soixante-deux les suivent de près.
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