Petite histoire oblate

Vital Grandin

Le jeune Vital Grandin poursuivait ses études au séminaire des Missions étrangères de Paris, en 1850. Il se proposait de partir pour la Chine, comme son condisciple Théophane Vénard, futur martyr du Tonkin. À Cause d'un léger zézaiement, jugé incompatible avec l'usage des langues orientales, on lui conseille de s'orienter plutôt chez les Oblats avec Léon Fouquet, un autre de ses confrères. En 1852, à la suite d'une conférence sur les missions du Grand Nord canadien, Mgr Alexandre Taché, o.m.i., évêque de Saint-Boniface, le gagne définitivement à sa cause. Ordonné prêtre en 1854, le père Grandin partit la même année pour les missions de la Rivière Rouge. Jusqu'à sa mort, survenue en 1902, l'Oblat convertit à la foi catholique des centaines d'Indiens grâce à sa grande bonté, à son dévouement inaltérable et au rayonnement de sa remarquable sainteté.

Évêque à vingt neuf ans

En juillet 1858, il est nommé évêque, coadjuteur de Mgr Taché. Il eut beau protester auprès de Mgr de Mazenod, prétextant son indignité et sa grande jeunesse, il reçut pour toute réponse de la part du fondateur «Je n'approuve pas vos observations. Venez tout de suite, et n'attendez pas que je sois mort pour obéir à mes ordres.» Le 30 novembre 1859, Mgr de Mazenod avait la joie de sacrer évêque ce sixième de ses fils spirituels, il écrivait alors dans son journal: «Voici encore un de ces beaux jours de ma vie. Je viens de consacrer évêque notre bon, notre vertueux, notre excellent père Grandin.» Le 17 avril suivant, Mgr de Mazenod adressait à Mgr Taché ces remarques louangeuses sur le nouvel évêque: «Oh! cet excellent Mgr Grandin! Voilà un missionnaire achevé. Quelle bonne inspiration nous avons eue de le choisir pour votre coadjuteur! À lui seul, il vaut dix missionnaires. On n'a jamais vu un homme exciter une sympathie plus universelle. Cest prodigieux! Il n'a eu qu'à paraître, et tout le monde s'est mis à l'aimer et à le vénérer.»

Originalités bizarres

Plus tard, dans ses conférences, Mgr Grandin se plaisait à rappeler quelques-uns des incidents qui parfois venaient briser la stricte observance des cérémonies liturgiques. Un jour, lors d'une messe dans une petite chapelle de mission où les Indiens se pressaient autour de l'autel, le célébrant profita de son geste étendu au «Dominus vobiscum» pour abattre la pipe d'un «grand ingénu» qui venait de l'allumer au cierge de l'autel et la fumait tout bonnement comme si rien n'était! Dans une autre occasion, il avait autorisé le chef d'une tribu à aller baptiser un mourant, loin dans les bois. Le chef revient rayonnant de joie: «J'ai donné un beau nom à mon jeune homme», dit-il au prélat. -Comment l'as-tu nommé? «Jésus-Christ». -Assurément, tu ne pouvais lui donner un plus beau nom, mais désormais, ne donne plus celui-là; c'est le nom de Dieu, et non celui d'un homme.» -«Oh!, reprit l'autre tout surpris, j'ai fait cela afin que Jésus-Christ se souvienne davantage de lui.»

La cause de la béatification de Mgr Grandin a été introduite à Rome. Prions pour qu'elle soit couronnée de succès. Je suis convaincu que cet humble serviteur de l'Église n'y verra pas d'objection, lui qui avait coutume de répéter: «Mon Dieu! mon sort est entre vos mains. »