Dictionnaire des valeurs oblates
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À partir de son ordination, en 1811, Eugène de Mazenod n'a pas recherché les honneurs ecclésiastiques, ni voulu de paroisse. Il désirait se consacrer au service des pauvres et des jeunes d'Aix-en-Provence. Pendant trois ans, il a accompli seul son apostolat. Il s'est tourné vers ceux que ne rejoignait pas le ministère habituel des paroisses, ceux qui parlaient provençal, les domestiques, les jeunes et les prisonniers. Il était, de plus, directeur spirituel au séminaire d'Aix. Il a dû renoncer à cet horaire bien chargé lorsque, en 1814, le typhus a mis sa vie en danger. En recouvrant la santé, il a pris conscience de l'ampleur des besoins des pauvres. Il ne pourrait plus y répondre seul de la même façon. Il avait aussi besoin de trouver son équilibre personnel. |
Le projet du Fondateur (1814-1818)Eugène de Mazenod ne s'attribuait pas le crédit de la fondation d'une communauté missionnaire: le fondateur est Jésus Christ lui-même. C'est lui qui l'a guidé dans ce sens. C'est ce qui ressort de ses écrits de 1814 à 1818, à partir du moment où il a commencé à parler de son projet jusqu'à sa codification dans la Règle de 1818. |
Une communauté missionnaire apostolique qui vise à la sanctification de ses membresCette communauté sera «une réunion de prêtres séculiers qui vivent ensemble et qui s'efforcent d'imiter les vertus et les exemples de notre Sauveur Jésus Christ». La forme qu'elle revêtira est celle de la communauté de Jésus avec ses apôtres, qu'il a formés à son école avant de les envoyer à la conquête du monde. La communauté se centre sur Jésus. Tous ses membres sont comme les apôtres autour de Jésus: «Il a déjà été dit que les missionnaires doivent, autant que le comporte la faiblesse de la nature humaine, imiter en tout les exemples de Notre Seigneur Jésus Christ, principal instituteur de la Société, et de ses Apôtres, nos premiers pères. À l'imitation de ces grands modèles, une partie de leur vie sera employée à la prière, au recueillement intérieur, à la contemplation dans le secret de la maison de Dieu, qu'ils habiteront en commun.» Le Fondateur dit clairement que le premier aspect de la vie de communauté est la relation avec Jésus, la sanctification des missionnaires. «Oh! n'en doutez pas, écrit-il à l'abbé Hilaire Aubert, nous deviendrons des saints dans notre Congrégation, libres mais unis par les liens de la plus tendre charité [...]» Il ne s'agit pas de travailler individuellement. «Nous nous aiderons mutuellement, écrit-il à l'abbé Henry Tempier, de nos conseils et de tout ce que le bon Dieu inspirera à chacun de nous pour notre sanctification commune.» La sanctification n'est un but en soi, mais elle est nécessaire au missionnaire qui veut sanctifier les autres: «Les Missionnaires se diviseront de manière que tandis que les uns s'exerceront dans la communauté à acquérir les vertus et les connaissances propres d'un bon missionnaire, les autres parcourront la campagne pour y annoncer la parole de Dieu. Au retour de leurs courses apostoliques, ils rentreront dans la communauté [...] pour se préparer dans la méditation et par l'étude à rendre leur ministère plus fructueux encore lorsqu'ils seront appelés à de nouveaux travaux.» La sainteté est donc essentiel pour la mission de la communauté. |
Une communauté née de la mission et pour la missionDans la demande d'autorisation qu'il adresse aux Vicaires généraux d'Aix, l'abbé de Mazenod présente dès le début l'idéal de la communauté. Ils vivront ensemble pour grandir dans la perfection et ils veulent en tirer les mêmes avantages que s'ils avaient rejoint un Ordre religieux, dont la vie commune fait partie intégrante. La fin de la communauté est de se sanctifier personnellement en même temps que de se rendre utile au diocèse. La Règle de 1818 établit que «l'autre [partie de leur vie] sera entièrement consacrée aux oeuvres extérieures du zèle le plus actif, telles que les missions, la prédication et les confessions, les catéchismes, la direction de la jeunesse, la visite des malades et des prisonniers, les retraites spirituelles et autres exercices semblables.» Cette division en deux parties de six mois chacune de leur travail en communauté, se veut une expression concrète de la communauté. En d'autres mots, celle-ci n'existe pas pour elle-même, mais pour l'apostolat. La sanctification personnelle et le ministère sont entière liés; il n'y a pas de dichotomie, mais deux expressions de la même réalité. Le père Yvon Beaudoin montre clairement le lien entre communauté et mission lorsqu'il parle de la Règle de 1818: «Si on examine ces articles de la Règle à la lumière de la correspondance du Fondateur, l'importance de la communauté est hors de doute. Les Oblats se sanctifient ensemble, prient ensemble, évangélisent ensemble. Toute la seconde partie de la Règle précise cet effort communautaire vers la perfection et cela pour que le ministère, qui se fait aussi en communauté, soit fécondé par la bénédiction de Dieu. Au paragraphe sixième des divers ministères, l'Office divin, que tous les Oblats doivent réciter en commun, est même présenté sous cet angle: «L'Institut regarde cet exercice comme la source de toutes les bénédictions qui doivent se répandre sur l'ensemble du saint ministère de toute la Société.» |
Les caractéristiques de la communauté nécessaires à sa missionPour que la communauté puisse accomplir sa double fonction, elle doit revêtir certaines caractéristiques que le père de Mazenod précise dans la Règle: «Mais, tant en mission que dans l'intérieur de la maison, leur principale application sera d'avancer dans les voies de la perfection ecclésiastique et religieuse; ils s'exerceront surtout dans l'humilité, l'obéissance, la pauvreté, l'abnégation de soi-même, l'esprit de mortification, l'esprit de foi, la pureté d'intention et le reste; en un mot, ils tâcheront de devenir d'autres Jésus Christ, répandant partout la bonne odeur de ses aimables vertus.» Viennent ensuite les caractéristiques de la communauté sur lesquelles le Fondateur lui-même allait insister constamment le reste de sa vie: unis par les liens de la charité, avec un seul coeur et un seul esprit, vivant une vie régulière, dans l'obéissance à la Règle et aux supérieurs, afin d'être des missionnaires apostoliques qui évangélisent les pauvres. Trente-deux ans plus tard, en 1850, en écrivant à toute la Congrégation, Mgr de Mazenod se montrait tout aussi arrêté dans sa vision de la communauté: «Gardant en mémoire ces mots (magnifique résumé de toute notre Règle) «tous unis par les liens de la plus intime charité sous la directiondes supérieurs», qu'ils forment un seul coeur et une seule âme.» Le projet devient règle de vie (1818-1861)Au début, Eugène de Mazenod ne voulait former qu'une seule communauté, mais l'invitation à accepter la charge du sanctuaire de Notre-Dame du Laus, l'amena à changer d'idée. C'est à partir de ce moment qu'il devint essentiel pour maintinir l'esprit d'unité entre toutes les communautés de se donner une Règle. La première Règle de 1818 a été récrite et présentée au Pape, qui l'a approuvée en 1826. À propos de la communauté dans le texte de 1826, le père Giovanni Santolini dit ceci: «Sur les sept cent quatre-vingt-dix-huit articles, on en parle dans plus de cent vingt, soit directement, soit indirectement. Cela indique le souci du Fondateur et des Oblats de faire de la vie communautaire la base de la vie apostolique. Pour résumer cette pensée, nous pouvons dire qu'il a voulu créer, dans la Congrégation, un sens aigu de la vie de famille, avec la volonté farouche de la préserver coûte que coûte contre toute invasion du dehors.» Unis par le lien de la charitéNous formons une famille
«[...] nous formons une famille, dont tous ceux qui la composent ne veulent avoir qu'un coeur et qu'une âme», tel est pour le Fondateur l'aspect fondamental de la communauté, une pensée sur laquelle il revient sans cesse. Il parle de cette union comme «de cette cordialité, de cette fusion [...] qui doit exister entre tous les membres de notre Société qui ne doivent faire qu'un coeur et qu'une âme». Dans une de ses premières lettres au père Tempier, il s'écrit: «Entre nous, missionnaires, nous sommes ce que nous devons être, c'est-à-dire que nous n'avons qu'un coeur, qu'une âme, qu'une pensée; c'est admirable! Nos consolations sont comme nos fatigues, sans égales.» Dans une atmosphère d'appui mutuel, toutes les difficultés deviennent surmontables, même si les membres sont dispersés. |
Unis autour de Jésus
L'union met les membres de la communauté en harmonie avec la volonté de Dieu. C'est la présence de Jésus qui assure l'union. Pour saint Eugène, il est «notre commun amour», «notre commun maître». «Pressez-vous bien, écrit-il, autour de ce bon Sauveur qui demeure au milieu de vous[...]» À un moment où il vit séparé des Oblats, il se les rappelle durant la messe et décrit le rôle de Jésus dans la communauté: «Trouvons-nous ainsi souvent ensemble en Jésus Christ, notre centre commun en qui tous nos coeurs se confondent et toutes nos affections se perfectionnent.» |
La sanctification des membresLa communauté est un moyen que Dieu utilise pour en sanctifier les membres s'ils savent profiter des moyens de salut que sa miséricorde leur fournit dans la maison, au milieu de leurs frères. Il s'agit d'une tâche commune: «Nous sommes placés sur la terre et, particulièrement dans notre maison, pour nous sanctifier en nous entraidant par nos exemples, nos paroles et nos prières.» Fondée sur la charité
La communauté doit vivre d'un esprit propre aux Oblats, fondé sur la charité qui en est le pivot: «De même que l'on a dans une Société un habit commun, des Règles communes, il faut qu'il y ait un esprit commun qui vivifie ce corps particulier [...] La charité est le pivot sur lequel roule toute notre existence [...] La charité pour le prochain fait encore une partie essentielle de notre esprit. Nous la pratiquons d'abord parmi nous en nous aimant comme des frères, en ne considérant notre Société que comme la famille la plus unie qui existe sur la terre, en nous réjouissant des vertus, des talents et des autres qualités que possèdent nos frères autant que si nous les possédions nous-mêmes, en supportant avec douceur les petits défauts que quelques-uns n'ont pas encore surmontés, en les couvrant du manteau de la plus sincère charité [...]» La communauté entière est toujours missionnaire
Les lettres que le Fondateur envoie aux missionnaires ou qu'il reçoit d'eux constituent un moyen concret de créer un seul coeur et une seule âme dans la communauté, en échangeant sur les événements et aussi en priant les uns pour les autres. «Je n'ai pas besoin de vous dire, écrit-il au père Guibert, combien je bénis le Seigneur de tout ce qu'il opère par votre ministère; nous en sommes tout transportés de joie, comme si c'était nouveau pour nous. J'ai lu la lettre de nos pères en communauté [...]» Voilà ce que signifie concrètement la communauté est apostolique et tous sont missionnaires. En effet, ceux qui demeurent à la maison prient pour les ouvriers, tout en se préparant par l'étude à aller eux-mêmes prêcher à leur tour: «Si vous ne priez pas pour nous, nous sommes mal campés.» Ne pas sacrifier la vie de communauté à la mission
Le Fondateur se montre pratique lorsqu'il fait remarquer que la plus grande partie de la vie de l'Oblat se passe à travailler en dehors de la communauté. «[...] regrettons sincèrement, écrit-il, que les devoirs que la charité nous impose nous éloignent si longtemps et si souvent du corps de nos communautés où elle règne et nous privent malgré nous, une grande partie de notre vie, du bienfait de son influence salutaire.» |
Aimer sa communauté et y trouver son bonheur
«Il faut de plus, écrit le Fondateur au père Tempier, qu'on ait un grand attachement pour la maison. Celui qui ne la regarderait que comme une hôtellerie où il n'est qu'en passant n'y ferait pas le bien. Il faut pouvoir dire comme saint Thomas: hæc requies mea pour tout le temps de ma vie. Je vois que les corps où cet esprit régnait le plus sont ceux qui ont fait le plus de bien et où l'on vivait le plus heureusement. Que Dieu nous fasse la grâce d'être bien pénétrés de cette vérité et ne négligeons rien pour l'inspirer à nos jeunes gens.» Suppléer aux faiblesses de ses membres
Malgré son idéal et son enthousiasme du début pour les joies de la vie de communauté, Eugène de Mazenod sait par expérience «que les communautés les plus saintes et les plus ferventes ne sont pas exemptes de certaines misères». C'est à lumière de cette expérience qu'il dit la conduite qu'il attend des membres: «[...] la communauté a besoin que ceux qui la composent ne lui donnent pas le dégoûtant spectacle d'un malaise sensible, d'un dédain insultant, d'une irrégularité peu édifiante, d'une désertion scandaleuse, toutes choses qui troublent sa tranquillité, sa paix, son bonheur, qui compromettent son existence.» Il est conscient que la communauté reflète certaines des faiblesses de son modèle apostolique: «Notre Seigneur, notre divin modèle, avait bien à souffrir avec ses bien-aimés apôtres qui étaient trop souvent insupportables et fatigants.» La santé et la maladie
Sur la question de la santé des membres de la communauté, Eugène de Mazenod insiste, dans plusieurs de ses lettres, pour qu'ils en prennent soin. «Je vous recommande votre santé et celle de toute notre chère famille», écrit-il au père Tempier. Pendant le travail pastoral, le repos est essentiel. «Je veux absolument que tu te reposes et que tu étudies, écrit-il au père Jean-Baptiste Honorat, il faut savoir fermer sa porte quand il est temps.» La communauté doit assurer l'atmosphère nécessaire: «Les missionnaires ont besoin d'un repos prolongé pour le corps et de la tranquillité de l'intérieur de leur sainte maison pour l'esprit et pour l'âme. Il faut observer nos Règles en cela comme dans tout le reste. Concourez d'un commun accord à établir une parfaite régularité dans votre maison.» La communauté oblate du ciel
Dans ses mémoires, le Fondateur rappelle les circonstances qui ont justifié la rédaction de la première Règle, en 1818: «C'était pour leur faire comprendre qu'étant appelés dans un autre diocèse pour y former un nouvel établissement, il était nécessaire d'élargir le règlement qui nous régissait et de s'occuper à faire des constitutions plus étendues, de former des liens plus étroits, d'établir une hiérarchie, de coordonner, en un mot, toutes choses de façon qu'il n'y eût qu'une volonté et un même esprit de conduite.» La régularité, fidélité à façonner sa vie selon la Règle
Un des aspect caractéristiques de la communauté oblate est sa soumission à la Règle et son esprit de régularité. «Nous vivons en communauté sous une Règle douce qui fixe nos devoirs et donne un très grand prix à la moindre de nos actions. L'esprit de charité et de fraternité la plus parfaite règne parmi nous.» Pour s'assurer que la communauté réponde à ce qu'elle doit être, le Fondateur insiste continuellement sur la régularité, surtout dans ses lettres aux supérieurs. Il définit la régularité comme «la fidélité à se conformer à l'esprit et à la lettre des Règles». Le supérieurLe rôle du supérieur est fondamental dans la communauté. Il voit à ce que la Règle et ses prescriptions soient mises en pratique, que la vie à l'intérieur de la communauté se déploie (la charité, la charité, la charité) et que la communauté remplisse sa mission (le zèle pour le salut des âmes). L'exhortation que le Fondateur adresse au père Guigues, à peine nommé supérieur, revient dans ce que, toute sa vie, il dit à tous les supérieurs oblats: «Redoutez de laisser introduire le moindre abus, Dieu vous en demanderait compte, car c'est vous qui bâtissez les fondements de la nouvelle communauté, et il faut qu'elle répande au loin la bonne odeur de Jésus Christ.» Le siècle qui a suivi la mort du fondateur: «Unissons-nous par le souvenir d'un Père à jamais aimé»
«Unissons-nous d'esprit et de coeur et nous serons forts pour le bien; unissons-nous par le souvenir d'un Père à jamais aimé», tel est le premier message adressé à la Congrégation par le successeur du Fondateur, le père Joseph Fabre. À la fin de sa lettre, il dit comment cette unité doit s'accomplir: «Laissez-moi en terminant vous conjurer dans le Seigneur de vous souvenir de la recommandation de notre bien-aimé Père mourant, afin d'attirer sur nous et sur nos oeuvres les grâces les plus abondantes: Pratiquez bien parmi vous la charité... la charité... la charité... et au dehors, le zèle pour le salut des âmes.» À partir de 1966: préciser la relation entre mission et communauté
Au cours du siècle qui a suivi la mort du Fondateur, personne n'a mis en doute le zèle des Oblats, ainsi que l'atteste le nombre de pays où il y a des Oblats missionnaires. La question qui s'est posée a été celle de clarifier la relation entre communauté et mission. Nous avons vu que, pour saint Eugène, la communauté a une double fin: la sanctification personnelle et la mission, c'est-à-dire les deux aspects de la vie oblate. Il y a toujours eu une lutte pour en arriver à un équilibre entre le désir premier de passer la moitié de l'année à prêcher des missions et le désir de passer l'autre moitié à prier et à étudier, entre les exigences de la mission et celles de la vie communauté. Les Constitutions et règles de 1982: La présence unificatrice du Christ Sauveur«C'est dans la communauté à laquelle nous appartenons et par elle que nous accomplissons notre mission» (C 37)
La Règle de 1982 fait la synthèse entre mission et communauté en montrant qu'elles ne constituent pas, dans la vie de l'Oblat, deux parties séparées mais une seule réalité. La première partie des Constitutions et Règles de 1982 a pour titre Le charisme oblat; elle comprend deux chapitres La mission de la Congrégation et Vie religieuse apostolique, ce leur fusion montre qu'il y a unité vie. Traditionnellement elles avaient été séparées, mais les capitulants de 1980 ont voulu les unir pour exprimer l'unité de vie et de ministère de l'Oblat. L'appel et la présence du Seigneur, facteurs constitutifs de la communauté
La communauté des Apôtres autour de Jésus (C 3) et celle des premiers chrétiens (C 21, 37) forment le modèle sur lequel se fonde la communauté apostolique oblate. Les qualités de la communauté apostolique
S'adressant aux membres de la rencontre intercapitulaire d'octobre 1995, le père Zago résumait ainsi les qualités de la communauté: «Une lecture attentive des Constitutions et Règles nous fait trouver dans la vie communautaire une dimension humaine de compréhension et d'amitié réciproques, une dimension chrétienne de partage dans la foi, une dimension religieuse par le soutien apporté à nos voeux, une dimension missionnaire dans la programmation et dans l'exécution de notre ministère, une dimension économique dans la transparence en ce qui concerne les biens et dans le partage de ceux-ci.» La dimension humaine: «L'affection qui unit les membres d'une même famille»
La première caractéristique humaine de la communauté est «l'affection qui unit les membres d'une même famille» (C 42). Nos communautés ne sont pas que des résidences regroupant des hommes engagés dans le même travail. La vie de communauté embrasse tous les aspects de nos vies et nous montre solidaires les uns des autres dans notre vie et dans notre action missionnaire (C 38). Dans un esprit de joie et de simplicité, nous partageons ce que nous sommes et ce que nous avons, nos dons d'amitié et nos talents (C 39). Unis par l'obéissance et la charité, nous serons ouverts au partage fraternel et saurons exprimer notre responsabilité les uns des autres dans la correction fraternelle et le pardon (C 38-39). «Ils s'aimeront mutuellement à trouver joie et bonheur dans leur vie communautaire et dans leur apostolat. Ils s'encourageront dans leur volonté de fidélité à la Congrégation» (C29). Par exemple, pour répondre aux exigences et aux difficultés du célibat, ils comptent sur l'amitié et la vie fraternelle (C 18). La dimension chrétienne: Témoins de la présence et de la mission de Jésus
«La communauté est un signe que, dans le Christ, Dieu est tout pour nous» (C 11). Elle témoigne que Jésus vit au milieu de nous (C 37). Elle doit «nous aider à devenir davantage des hommes de prière et de réflexion, à vivre l'Évangile sans compromis et ainsi nous libérer pour une plus grande fidélité à notre vocation» (C 87). C'est pourquoi, «un des moments les plus intenses de la vie d'une communauté apostolique est celui de la prière en commun» (C 40). Dans l'Eucharistie, les membres «resserrent les liens de leur communauté apostolique et élargissent les horizons de leur zèle aux dimensions du monde» (C 33). La prière de la communauté prend la forme d'une célébration commune d'une partie de l'Office divin, d'une période d'oraison vécue ensemble en présence du saint sacrement (C 33), et de temps forts mensuels et annuels de prière personnelle et communautaire, de réflexion et de renouvellement (C 35). Il faut aussi accueillir avec ouverture les nouvelles formes de prières, personnelles et communautaires, qui peuvent favoriser nos rencontres avec le Seigneur (R 20). La dimension religieuse: «Les voeux les unissent dans l'amour au Seigneur et à son peuple»
Les voeux [...] marquent d'un caractère particulier ce milieu vital qu'est la communauté» (C 12). C'est cette affirmation que l'on retrouve au début de la section sur les conseils évangéliques. Le père Jetté explique le rôle de la communauté dans la profession des conseils évangéliques: «L'engagement des voeux nous rappelle d'abord que le lien qui nous unit entre nous passe par Jésus Christ. C'est à cause de lui que nous vivons ensemble, et que nous nous aimons et nous entraidons mutuellement, et que nous partageons une action missionnaire commune.» La dimension missionnaire: «C'est dans la communauté à laquelle nous appartenons et par elle, que nous accomplissons notre mission» (C 37)
Le père Zago parle de trois exigences: La dimension économique: «Un témoignage collectif de détachement évangélique»«Comme la Congrégation est missionnaire par nature, les biens temporels qui lui appartiennent sont avant tout au service de la mission» (C 122) «Chacun [contribue] pour sa part au soutien et à l'apostolat de sa communauté» (C 21). Tous les biens appartiennent à la communauté. «Nos maisons et nos Provinces auront le souci de partager avec les confrères engagés dans les régions ou les missions moins pourvues de biens matériels» (R 15). Commentant cet aspect du partage des biens matériels, le père Johannes Joergensen écrit: «Le partage est un beau témoignage à donner au monde, celui d'un organisme international qui pratique véritablement la solidarité financière. La recommandation du Chapitre de 1992 de partager les capitaux de telle façon que chaque Province puisse être autonome est un signe de cette solidarité. Ce partage signifie que les Oblats «pauvres» cesseraient de dépendre des Oblats «riches». Il s'agit d'une importante question de partage de pouvoirs, d'un passage de la charité à la justice.» La clarté: Formuler nos objectifs missionnaires
Ces dernières années, on a beaucoup parlé et écrit sur la communauté apostolique, avec le danger que cette question demeure émotive et obscure. Ce qu'il faut, c'est s'entendre sur les mots et sur les buts. «Comme personnes et comme communauté, nous avons la responsabilité de rechercher la volonté de Dieu» (C 26) et de formuler nos objectifs communs. Parce que nous sommes unis dans la charité et l'obéissance (C 3), «nos décisions reflètent davantage cette volonté quand elles sont prises après un discernement communautaire et dans la prière» (C 26). «Nous sommes tous solidairement responsables de la vie et de l'apostolat de la communauté. C'est donc ensemble que nous discernons l'appel de l'esprit, que nous tâchons de parvenir à un consensus sur les questions importantes et que nous appuyons loyalement les décisions prises. Un climat de confiance mutuelle favorisera parmi nous l'élaboration des décisions en esprit de collégialité» C 72). Les diverses expressions de la communautéLa Congrégation forme une seule communauté apostolique (C 71). Tous les membres sont solidairement responsables de la vie et de l'apostolat de la communauté et leur participation est nécessaire au bon gouvernement de la Congrégation (C 72). La Congrégation, une communauté
Le Chapitre général a un but spécifique dans la vie de la communauté apostolique des Oblats, celui de «resserrer les liens de l'unité et [d']exprimer la participation de tous à la vie et à la mission de la Congrégation» (C 105). C'est «un temps privilégié de réflexion et de conversion communautaires» (C 105). La Province, une communauté
«Les Provinces et les Vice-Provinces constituent, à leur manière, de véritables communautés apostoliques [...] Communautés locales et personnes s'y sentiront solidaires et responsables les unes des autres et de la mission commune» (C 92). Comme pour le supérieur local, «la responsabilité du Provincial s'étend à la fois à la mission spécifique de la Congrégation dans les limites de la Province et à la vie religieuse apostolique de ses communautés et de leurs membres (C 94). Du Provincial, le père Jetté dit: «Sa Province est d'abord une famille, une famille apostolique. Ses membres veulent se donner de toute leur âme à la mission, mais en étant enracinés dans une communauté et soutenus par elle.» La communauté locale
«La vitalité et l'efficacité de la Congrégation reposent sur la communauté locale vivant de l'Évangile qu'elle se consacre à proclamer et à révéler au monde» (C 76). «Les communautés locales sont les cellules vivantes de la Congrégation. Elles doivent nous aider [...] à vivre l'Évangile sans compromis et ainsi nous libérer pour une plus grande fidélité à notre vocation» (C 87). La communauté de district
La constitution 88 met les maisons, résidences et les districts au même niveau de communautés locales. Cette déclaration est importante puisqu'elle reconnaît que les Oblats qui sont «dispersés pour le bien de l'Évangile [et] ne peuvent qu'à de brefs intervalles goûter les bienfaits de la vie commune» (C 38) vivent toujours en communauté, même si les contacts qu'ils ont avec leurs frères sont moins fréquents. Ces contacts doivent être réguliers si l'on veut construire et maintenir les relations humaines nécessaires à la constitution d'une communauté. En reconnaissant que le district n'est pas uniquement une structure de gouvernement mais une véritable communauté, elle lui donne un sens. Ce n'est pas une communauté de seconde classe, mais une des façons de vivre, selon notre vocation, en communauté apostolique dans un endroit particulier. Tout ce qui s'applique aux maisons s'applique donc également aux communautés de district en ce qui concerne les constitutions (C 77). Les règles apportent des distinctions d'ordre pratique, sans pour autant chanter la nature de la communauté (R 86, 142). Quelle que soit la forme de leur communauté locale, les Oblats, «unis par l'obéissance et la charité [...] restent solidaires les uns des autres dans leur vie et leur action missionnaires» (C 38). La communauté de formation
La formation des nouveaux membres d'une communauté apostolique doit évidemment avoir lieu dans un contexte de communauté apostolique (C 48). Le modèle à suivre est celui de Jésus formant ses disciples (C 50). «Disciples d'un même Seigneur, éducateurs et membres en formation constituent une seule communauté» (C 51). L'engagement des laïcs
La règle 27 dit: «Certains laïcs se sentent appelés à prendre une part active à la mission, aux ministères et à la vie communautaire des Oblats.» Le Directoire administratif de 1985 commente ainsi: «Ne sont membres de la Congrégation des Oblats que les hommes qui ont fait des voeux selon nos Constitutions et Règles et ont reçu une obédience pour une mission qui les engage dans le ministère de l'Église, souvent comme prêtres ou diacres. Cependant la règle 27 permet d'envisager de nouvelles façons d'associer des laïcs à la mission, aux ministères et à la vie communautaire des Oblats. Une association du genre est possible dans la mesure où l'on ne considère pas les Oblats seulement comme une congrégation religieuse mais aussi comme un mouvement regroupant des personnes, hommes ou femmes, qui partagent l'idéal qui inspirait Eugène de Mazenod et les objectifs qu'il cherchait à atteindre.» Le Chapitre général de 1986: «Une mission en communauté apostolique»Le Chapitre général de 1986 a réagi devant les appels de la société et de notre mission en déterminant six domaines requérant une réponse urgente de notre part. Le dernier de ces appels dont le document Missionnaires dans l'aujourd'hui du monde traite, dans sa sixième partie, a pour titre «une mission en communauté apostolique». Le Chapitre dit: «La vie communautaire est une dimension essentielle de notre vocation [...] pour nous Oblats, [elle] n'est pas uniquement nécessaire à la mission, elle est elle-même mission et en même temps un signe qualitatif de la mission de l'Église.» Lorsque «le lien entre la communauté et la mission se fait plus difficilement, la communauté risque [...] de perdre sa vigueur, et la mission son soutien». Le Chapitre confirme ainsi l'insistance que mettent les Constitutions et Règles à unir mission et communauté apostolique. Dans un paragraphe qui fait écho à la pensée du Fondateur et du père Fabre sur le rôle unificateur de la Règle entre communauté et mission, le document dit: «Nous ne faisons que commencer à découvrir nos Constitutions et Règles. Il importe que nous en poursuivions inlassablement l'étude et la méditation pour qu'elles soient toujours davantage pour nous source de vie et lien d'unité.» Le Chapitre général de 1992: «Témoins en communauté apostolique»
On peut voir dans le message que le Chapitre de 1992 a laissé à la Congrégation un appel à réaliser l'idée de communauté apostolique contenue dans les Constitutions et Règles et dans Missionnaires dans l'aujourd'hui du monde. Ce document «est une invitation à relire nos principales sources oblates, sous l'angle de la qualité de notre vie, afin d'améliorer notre témoignage, au coeur du monde contemporain.» |