Dictionnaire des valeurs oblates

Fêtes Oblates

La deuxième partie de la dernière édition (1986) du manuel de prières des Oblats, La prière oblate, s'intitule «La célébration des fêtes oblates».Toutes les fêtes qui y sont mentionnées se fondent solidement sur la tradition de la Congrégation, la plupart remontant aux usages observés par le Fondateur et ses compagnons.

Sous ce titre de Fêtes oblates, nous entendons suivre l'histoire du calendrier oblat et des diverses fêtes qu'il présente et qui, à un moment ou à l'autre, ont reçu l'approbation du Saint-Siège.

La période de 1825 à 1832

Dès 1825, la Congrégation ñ connue alors sous le nom de Société des Missionnaires de Provence ñ obtenait un rescrit autorisant ses membres à célébrer la fête du bienheureux Alphonse de Liguori. La requête avait été présentée au nom de l'évêque de Marseille à l'époque, Mgr Fortuné de Mazenod, oncle du Fondateur des Oblats. Nous pouvons, cependant, croire que l'initiative venait de son vicaire général, le père Eugène de Mazenod. Le privilège de célébrer cet office avait auparavant été obtenu pour le clergé et le chapitre de la cathédrale de Marseille.

Le Fondateur avait en particulière estime le bienheureux Alphonse de Liguori et entretenait des liens étroits avec ses disciples, les Rédemptoristes. Par un rescrit du Saint-Siège, en date du 28 avril 1826, il obtenait que sa famille religieuse, nouvellement approuvée, bénéficie des mêmes «grâces, faveurs, indults, privilèges et indulgences» que la Congrégation du Très Saint Rédempteur. De fait, le calendrier oblat approuvé en 1832 combinera les offices célébrés selon le calendrier rédemptoriste avec quelques-uns réservés «pro aliquibus locis» et l'un ou l'autre office des Franciscains.

Le premier rescrit du genre accordé à la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, après son approbation par le pape Léon XII en 1826, concédait la fête du bienheureux Léonard de Port-Maurice. Le père de Mazenod avait une dévotion particulière pour ce Franciscain prédicateur de missions paroissiales, qui devait être canonisé par le pape Pie IX et déclaré patron des prédicateurs de missions paroissiales par Pie XI. Le rescrit est daté du 26 avril 1826 et prescrit que l'on célèbre cette office le 26 novembre.

En 1832, les Oblats prêchaient des missions et avaient même établi des communautés dans quelques diocèses. Leur Règle les obligeait à réciter l'office en commun, ce qui, suivant les règlements ecclésiastiques de l'époque, comportait certains inconvénients; en effet, les calendriers liturgiques changeaient d'un diocèse à l'autre. On décida donc de demander au Saint-Siège des facultés spéciales et, en même temps, de présenter une requête en vue d'obtenir un calendrier oblat. Le rescrit par lequel la Sacrée Congrégation des Rites qui concède ces facultés et le calendrier est du 17 février 1832.

Ce calendrier devait être révisé en 1868 et, de nouveau, à la suite des réformes liturgiques de Pie X en 1913. La dernière réforme d'importance avant le concile Vatican II fut faite en vertu d'un rescrit de la Sacrée Congrégation des Rites en date du 7 janvier 1929.

Entre ces changements majeurs, d'autres demandes furent faites pour l'un ou l'autre office ou encore pour des modifications dans le calendrier oblat. Nous traiterons de ces rescrits à leurs places respectives dans le calendrier comparatif ou encore dans le texte même.

Le calendrier oblat de 1832

Le Journal du Fondateur couvrant la période de 1828 à 1838 a été perdu ou n'a jamais été écrit. On aurait pu y découvrir certaines des raisons qui ont motivé son choix de fêtes dans le calendrier soumis en 1832 au Saint-Siège.

Cependant, la plupart des fêtes choisies avaient un lien évident avec la spiritualité du père de Mazenod et de la Congrégation qu'il avait fondée. Les fêtes consacrées aux instruments de la passion et de la mort du Christ ainsi qu'à la participation de Marie à ces événements reflètent la piété populaire de l'époque pour les événements du salut; mais elles sont aussi le reflet de la dévotion très particulière du père de Mazenod depuis les «larmes amères» qu'il avait versées au cours de son expérience religieuse profonde vécue durant la liturgie du vendredi saint 1807. C'est pourquoi nous avons, parmi les fêtes mobiles, celles de la commémoration de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ, du Saint Suaire, du Précieux Sang de Jésus, de la Couronne d'Épines, des Cinq Plaies, de la Lance et des Clous, du Sacré Coeur de Jésus et des Sept Douleurs de Marie.

Les fêtes fixes sont, avant tout, l'expression de la dévotion du Fondateur pour la Vierge Marie: Épousailles de Marie (23 janvier), Office de la Conception de Marie commémorant l'approbation de la Congrégation par le Saint-Siège (17 février), Notre Dame, Secours des chrétiens (23 mai), Notre Dame du Mont-Carmel (21 juillet), le Sacré Coeur de Marie (dimanche dans l'octave de l'Assomption), la Maternité de Marie (deuxième dimanche d'octobre), l'Intercession de Marie (troisième dimanche d'octobre), la Conception de Marie (8 décembre), la Translation de la Maison de Marie (10 décembre) Marie attendant la naissance de son Fils (18 décembre).

La fête de saint Gabriel est présente au calendrier en raison du rôle de l'archange dans l'annonciation à Marie. Saint Hyacinthe était réputé pour sa dévotion à Marie. Saint Roch était le patron des victimes de la peste; le père de Mazenod avait, en 1814, héroïquement pourvu aux besoins spirituels des victimes du typhus et finalement contracté lui-même cette maladie.

Saint Jean Népomucène avait, selon sa réputation, été martyrisé pour sa ténacité à préserver le secret de la confession et était donc vénéré comme le patron des confesseurs. Le père de Mazenod et ses missionnaires consacraient de longues heures au ministère de la confession. Il était naturel que le patron des confesseurs soit inclus dans le calendrier.

Saint Ubald, évêque de Gubbio, était un pasteur zélé, un modèle naturel pour le jeune vicaire général de Marseille. Saint Raymond de Peñafort, patron des canonistes, semble avoir, lui aussi, été considéré par le Fondateur comme un de ses patrons.

Saint Joseph, époux de Marie, occupait une place particulière dans la piété du père de Mazenod. Celui-ci avait choisi le troisième dimanche de Pâques pour commémorer le pouvoir d'intercession du saint. De même, chaque fois qu'on faisait l'Office de Marie, à quelque titre que ce soit, devait-on faire commémoraison de saint Joseph.

Le calendrier oblat de 1833 à 1965

Le Chapitre de 1837 demanda que le Supérieur général, Mgr de Mazenod, nomme quelques pères pour composer des offices propres à la Congrégation. Par la suite, les pères Étienne Semeria et Vincent Mille étaient désignés pour accomplir cette tâche; mais, pour des raisons qui nous échappent, le travail ne fut pas achevé avant 1851 et même alors il ne fut pas soumis à l'approbation de Rome. Ce ne fut pas avant 1868 ñ donc après la mort du Fondateur ñ qu'on devait obtenir l'approbation d'un nouveau calendrier oblat. Au cours de ces vingt années, comme il est dit dans le rescrit d'approbation, plusieurs changements avaient été apportés au précédent calendrier, sans que l'on recoure au Saint-Siège. Il était temps de mettre de l'ordre et le Chapitre de 1867 exprima le désir que cela soit fait. Le rescrit d'approbation du nouveau calendrier est daté du 27 février 1868.

En 1876, le sanctuaire du Sacré Coeur de Montmartre, à Paris, était confié aux Oblats de Marie Immaculée. Cet événement eut pour conséquence une intensification de la dévotion au Sacré Coeur de Jésus dans la Congrégation. Le Chapitre de 1879 vota à l'unanimité pour qu'on demande au Saint-Siège d'élever cette fête à une classe supérieure dans le calendrier oblat et d'y ajouter celle de la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, qui avait reçu des révélations sur cette dévotion.

Au cours des années suivantes, les divers rescrits obtenus reflètent les origines et l'expansion de la Congrégation. Les fêtes de saint Lazare, sainte Marie et sainte Marthe obtenaient une place plus importante dans le calendrier en raison de la dévotion particulière pour ces saints dans le diocèse de Marseille. Lorsque la Congrégation prit de l'essor dans les pays de langue anglaise, les fêtes de saint Patrice et de saint Georges furent classées comme «double majeur». La province d'Allemagne fut établie en 1898 et le Chapitre général suivant demanda que la fête de saint Boniface soit aussi incluse.

Lorsqu'un office de Notre Dame de Lourdes fut approuvé, le Chapitre de 1893 demanda qu'il soit, lui aussi, placé sur la liste des fêtes oblates.

Divers autres rescrits concernant des concessions ou des privilèges accordés à la Congrégation sont mentionnés dans le texte ou les notes du calendrier comparatif. Un rescrit qui n'y est pas mentionné, cependant, est celui du 12 avril 1946. Le père Hilaire Balmès, alors vicaire général et auparavant supérieur du scolasticat international, avait demandé que la fête de saint Thomas d'Aquin soit célébrée dans les scolasticats oblats comme fête «double de deuxième classe». Le privilège fut accordé par le rescrit mentionné plus haut.

Après le concile Vatican II

À la suite du concile Vatican II, des changements importants ont eu lieu dans la liturgie et le calendrier universel. Ces changements ont aussi affecté les calendriers propres aux Congrégations religieuses. Les fêtes de l'année liturgique devaient mettre l'accent sur les fêtes du Seigneur et les mystères du salut: «On orientera les esprits des fidèles avant tout vers les fêtes du Seigneur, par lesquelles se célèbrent pendant l'année les mystères du salut». À la place d'un calendrier ou ordo oblat, la Congrégation publie chaque année, depuis 1973, un feuillet contenant une liste de six fêtes qui lui sont propres: l'anniversaire de la fondation de la Congrégation, en 1816 (25 janvier); l'anniversaire de l'approbation des Constitutions et Règles par Léon XII, en 1826 (17 février); la fête de saint Eugène de Mazenod (21 mai); la commémoration de tous les Oblats décédés (3 novembre); la solennité de l'Immaculée Conception de Marie, titre sous lequel celle-ci est titulaire et patronne principale de la Congrégation (8 décembre).

Une annexe rappelle aussi l'anniversaire de la mort des autres membres de la Congrégation dont la cause de canonisation a été introduite: le père Charles-Dominique Albini (20 mai); le bienheureux Joseph Gérard (29 mai); Mgr Vital Grandin (3 juin); le frère Antoine Kowalczyk (10 juillet); Mgr Ovide Charlebois (20 novembre).

De plus, une note indique la fête du saint patron du Supérieur général actuel ainsi que l'anniversaire de la béatification d'Eugène de Mazenod (19 octobre 1975).

La prière oblate encourage de façon explicite la célébration des fêtes oblates traditionnelles. Dans la seconde partie de ce manuel de prières, on trouve une liste de quinze fêtes ou circonstances qui sont réparties dans l'année et que les communautés oblates sont invitées à commémorer. Chacune fait l'objet d'un récit tiré de la vie du Fondateur ou d'un extrait de ses écrits, ou encore d'une citation des Constitutions et Règles de 1982. Au numéro 15, il est recommandé de souligner par des prières communautaires spéciales les fêtes des Apôtres, «nos premiers pères», de même que celles de certains prêtres et missionnaires-prédicateurs. Il est, de plus, suggéré que les Provinces et les Régions ajoutent les noms des saints dont la dévotion a une certaine importance dans leurs Églises particulières.

Edward Carolan, omi
irlandais (6-01-1932)
secrétaire du supérieur général

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